Après treize ans passés entre l’audit externe et l’audit interne, Maryon Renoux a franchi le cap vers la direction financière. Aujourd’hui directrice financière de l’activité Supply Chain chez Quadient, groupe français spécialisé dans la gestion du courrier et la facturation électronique, elle revient sur les différentes étapes de son parcours et sur les compétences acquises grâce à l’audit sur lesquelles elle continue de s’appuyer.
Pouvez-vous nous présenter votre parcours précédant l’audit interne ?
Maryon Renoux : Après mon master en audit et expertise obtenu à l’ESSCA en 2010, puis mon stage de fin d’études chez Grant Thornton, j’ai débuté ma carrière en audit externe chez Deloitte. J’y suis restée pendant huit ans, dont trois années au bureau de Sydney en Australie. À mon retour en France, et après mon diplôme d’expertise comptable obtenu en 2019, j’ai désiré évoluer vers le monde de l’entreprise en commençant par l’audit interne. Cela représentait, pour moi, une transition douce pour évoluer par la suite vers d’autres responsabilités.
Et ensuite, l’audit interne puis la direction financière ?
M.R. : J’ai effectivement rejoint le Club Med comme directrice de l’audit interne, durant trois ans. Ça a été l’occasion de mettre à profit les compétences techniques et managériales acquises en cabinet. J’ai ensuite exercé la même fonction chez Quadient pendant plus de deux ans. Depuis un peu plus d’un an et demi, je suis directrice financière de l’activité Supply Chain du groupe, ce qui inclut également la direction du centre de services partagés comptable, en charge de la production des états financiers, sur le périmètre France et Benelux.
Revenons-en à l’audit interne : qu’est-ce qui vous a initialement attiré vers le métier ?
M.R. : Le côté opérationnel ! L’audit externe reste très financier ; avec l’audit interne, c’était l’occasion de poser un pied dans les opérations tout en gardant un ancrage comptable. J’appréciais aussi le fait qu’il n’y ait jamais deux journées identiques : la richesse des sujets audités est infinie, tout comme la diversité des personnes rencontrées. Et ce sont des métiers qui nous font découvrir de nouvelles choses : la courbe d’apprentissage est exponentielle. Je trouve que c’est une excellente porte d’entrée dans un groupe : très rapidement, on acquiert une solide connaissance de la gouvernance, des processus, de l’organisation. C’est une vraie force.
Qu’est-ce qui a motivé votre évolution vers votre fonction actuelle ?
M.R. : Après presque treize ans d’audit, j’avais besoin d’apporter de la valeur autrement. L’audit interne est et reste une fonction corporate, qui se voit souvent reprochée d’ailleurs d’être un peu déconnectée des réalités du terrain. J’avais envie de passer de l’autre côté, d’occuper le siège de la personne qui fait ou qui fait faire.
Depuis votre position de directrice financière, quel regard portez-vous sur votre ancien métier d’auditrice ?
M.R. : Il s’agit d’une fonction qui est essentielle : c’est un garde-fou. Je n’ai jamais appréhendé l’audit comme une forme de police et je ne me suis jamais positionnée en tant que telle. Aujourd’hui, je sollicite encore l’avis de l’audit interne sur certains dossiers. Dans mon quotidien, j’ai toujours ma petite lumière d’ancienne auditrice qui s’allume : « Attention, est-ce que nous agissons bien dans le respect des bonnes pratiques du groupe ? ». C’est un réflexe, ça fait maintenant partie de moi.
Quels sont les principaux défis que vous avez rencontrés lors de cette transition et les compétences nouvelles que vous avez dû acquérir ?
M.R. : Le premier défi a été la montée en compétences sur des sujets très pointus : la Supply Chain est à la croisée d’enjeux opérationnels, stratégiques et économiques (gestion et valorisation des stocks, cycles logistiques, risques liés aux approvisionnements, etc.) avec des équipes disposant de nombreuses années d’expérience. Il a fallu se plonger dans les processus, aller à la rencontre des sites industriels, s’approprier les produits. Le deuxième défi concernait la diversité des profils à manager, tous issus d’horizons très différents. Enfin, il a fallu maîtriser le rythme avec les clôtures et les revues d’opérations mensuelles, les arrêtés des comptes trimestriels, les réunions hebdomadaires… Je voyais tout cela de plus loin quand j’étais auditrice.
Est-ce que vous avez pu valoriser votre expérience en audit interne lors de votre évolution ?
M.R. : L’audit et le contrôle interne donnent une éthique de travail rare et précieuse : chaque mission est un engagement. Ce professionnalisme, ajouté aux compétences que sont la communication écrite et verbale, la capacité à s’adapter à tout type d’interlocuteur, la méthode, les compétences analytiques : tout cela m’a servi immédiatement. J’ajouterai également le questionnement permanent de l’auditeur, c’est-à-dire la volonté de creuser chaque sujet pour le comprendre parfaitement.
Quelles compétences clés développées en audit vous semblent les plus intéressantes pour évoluer vers un autre domaine ?
M.R. : Je pense aux compétences analytiques : elles permettent de pouvoir donner du sens aux chiffres, de ne pas se contenter de l’information brute, de toujours s’assurer d’avoir compris ce qu’on regarde. C’est ce qui fait souvent la différence. À l’ère des ERP et des outils de data visualisation, il est impératif de comprendre et interpréter chaque donnée présentée. Les compétences analytiques, l’éthique de travail, la communication, la méthode : voilà ce que l’audit forge, et voilà ce qui peut vous ouvrir des portes.
Est-ce que vous auriez un conseil à donner à un professionnel de l’audit qui envisage d’évoluer vers un poste dans la finance ?
M.R. : N’attendez pas de vous sentir 100 % prêt : cela n’arrive jamais ! Il faut observer, apprendre de ses équipes, se laisser porter les premiers mois sans vouloir tout révolutionner et s’appuyer sur les compétences des autres. Il faut surtout accepter que tout ne soit pas parfait, et fonctionner par priorité. La curiosité et le questionnement hérités de l’audit sont d’une valeur inestimable dans ces nouveaux rôles.
Et que diriez-vous à quelqu’un qui hésite à se lancer dans les métiers de l’audit ou du contrôle interne par crainte d’y rester « enfermé » ?
M.R. : Le champ des possibles est infini dans ce métier. On se confronte sans cesse à de nouveaux sujets : l’IA dans les travaux d’audit, l’accompagnement des transformations numériques, les nouveaux outils de contrôle comptable… L’audit est un métier en perpétuelle évolution. On peut se lasser de l’aspect constat-recommandation, mais les passerelles vers d’autres métiers en entreprise sont nombreuses. Si je n’avais pas eu l’opportunité d’occuper le poste de DAF chez Quadient, je serais peut-être encore directrice de l’audit interne et heureuse de l’être.
Enfin, si c’était à refaire, referiez-vous le même parcours ?
M.R. : Je ne changerais rien. Je suis très fière de mon parcours. Une carrière se construit essentiellement avec les personnes que l’on rencontre. Pour ma part, j’ai mené ma première mission en cabinet avec une auditrice externe senior, incroyablement efficace et qui se posait les bonnes questions : elle a donné le ton à toute ma carrière. L’audit, c’est une excellente école professionnelle. Et un excellent tremplin pour occuper de nouvelles fonctions.

