Ingénieur de formation, Jean-Yves Peiffer a consacré les huit premières années de sa carrière à l’audit interne au sein du groupe Bouygues, avant de s’orienter vers le contrôle de gestion et la direction de projet. Il occupe aujourd’hui le poste de Secrétaire général de Colas Digital Solutions. Rencontre avec un professionnel à qui l’audit interne a beaucoup apporté et qui en a fait une école de rigueur et de performance.
Ingénieur en aéronautique, vous vous êtes engagé dans une carrière d’auditeur dès la fin de vos études. Pourquoi une telle orientation ?
Jean-Yves Peiffer : J’ai toujours montré une appétence à traiter des sujets variés et dans leur globalité. C’est d’ailleurs ce qui m’a orienté vers des études d’ingénieur assez ouvertes pour me permettre d’envisager différents types de carrière. Durant ma dernière année à SupAero, j’ai assisté à une présentation de l’audit interne du groupe Bouygues par un ancien élève de l’école… qui allait devenir mon chef car, deux mois après cette présentation, je rejoignais le Groupe en tant qu’auditeur interne.
Qu’est-ce qui vous a convaincu ?
J-Y.P. : La dualité de la fonction, positionnée à la fois sur la maîtrise des risques et le conseil. J’ai compris que l’audit pouvait conduire à défricher des sujets émergents et à identifier comment y répondre. D’autre part, la fonction d’auditeur interne, dans un grand groupe comme Bouygues, permet de côtoyer de nombreuses personnes, de se nourrir de ces rencontres, de découvrir plusieurs activités et différents métiers grâce à un renouvellement fréquent des sujets. Le métier d’auditeur interne vous rend ainsi très visible, vous donnant la possibilité de vous créer un solide réseau et donc, de pouvoir évoluer.
Quel a été votre parcours dans le domaine de l’audit interne ?
J-Y.P. : J’ai débuté en tant qu’auditeur des systèmes d’information pour toutes les filiales du groupe Bouygues : audits de processus, de fiabilité, de gouvernance. Après cinq ans, j’ai rejoint l’audit interne de Bouygues Telecom comme superviseur des missions d’audit généraliste et systèmes d’information. En parallèle, j’ai suivi en cours du soir un master d’administration des entreprises afin d’ajouter une composante management et gestion à ma formation d’ingénieur. J’ai ensuite évolué vers le contrôle de gestion et la direction de projets : des sujets très éloignés de mes débuts. À la fin de l’année 2019, Bouygues SA m’a proposé de reprendre la direction de l’audit interne du Groupe. Enfin, mi 2023, j’ai rejoint Colas Digital Solutions, la “DSI” du groupe Colas1, en tant que Secrétaire Général, poste que j’occupe aujourd’hui.
Concrètement, comment s’est déroulée cette nomination ?
J-Y.P. : De manière très fluide. J’avais fait savoir que ce poste de direction m’intéressait. Ma candidature a été considérée comme naturelle car il s’agissait, comme me l’a précisé le Directeur Général Délégué du Groupe, de mettre en œuvre ce que j’avais appris à l’audit : identifier rapidement les enjeux, gérer les zones de risques et coordonner les collaborateurs sans forcément avoir l’expertise des sujets.
Quelles compétences nouvelles avez-vous dû acquérir ?
J-Y.P. : Les savoir-faire acquis lors de mes expériences à l’audit interne et au contrôle de gestion ont grandement facilité ma prise de fonction. En outre, grâce à mon passé d’auditeur Systèmes d’Information, je connaissais bien le métier et les enjeux de mes nouveaux collègues. J’avais donc une légitimité. J’acquiers de nouvelles compétences de façon ciblée : je conserve une vision globale tant que tout est maîtrisé, puis j’approfondis dès que des zones de fragilité apparaissent, en travaillant les sujets avec mes équipes.
Pouvez-vous nous donner des exemples ?
J-Y.P. : Nous avons dû renégocier notre bail de bureaux : un sujet de Facility Management que je ne connaissais pas. Avec l’appui de nos spécialistes, j’ai passé plusieurs semaines à comprendre, puis à travailler notre stratégie et enfin, à la mener. Autre exemple : à mon arrivée, nos factures étaient challengées par les administrations fiscales de différents pays. J’ai travaillé avec la Direction Fiscalité durant trois mois pour produire un modèle de documentation et les preuves nécessaires. Je dois à mon expérience d’auditeur interne cette capacité à ne pas avoir peur de plonger dans des sujets que je ne maîtrise pas.
« L’audit, c’est une école d’adaptation : elle permet de travailler son réseau et de travailler son adaptabilité, sa capacité à embrasser différents sujets. »
D’autres compétences clés développées en audit interne vous sont-elles utiles ?
J-Y.P. : Les méthodes d’analyse, de synthèse et de communication ont été clés à chacun de mes changements de poste. En audit, vous présentez assez rapidement vos conclusions et vous vous assurez que ce que vous dites a du sens pour vos interlocuteurs. Le métier forme des personnalités enclines à créer de la fluidité dans les relations et à mener des interactions rapides. Je pense que c’est une compétence que peu d’autres fonctions permettent de travailler aussi profondément.
Quel conseil donneriez-vous à un professionnel de l’audit interne qui envisage, comme vous, d’évoluer vers un poste de direction ?
J-Y.P. : Il faut tout d’abord s’assurer de comprendre les enjeux métiers des équipes et investir du temps pour comprendre leur réalité. Ensuite, dans un environnement IT comme une DSI, la gestion des risques est omniprésente : risques contractuels, fiscaux, de sécurité, de gouvernance des données. L’auditeur est naturellement à l’aise avec cette cartographie des risques. C’est un atout considérable. Et, bien sûr, cultiver son réseau est la clé absolue.
Que diriez-vous à quelqu’un qui hésite à se lancer dans l’audit interne par crainte d’y rester « enfermé » ?
J-Y.P. : L’audit interne est un endroit où vous allez être exposé. C’est une chance. Vous avez l’occasion de montrer vos talents à des personnes qui ont de l’influence au sein de l’organisation et pourront aider votre progression professionnelle. Ensuite, l’audit interne donne des compétences difficiles à travailler ailleurs : une capacité à entrer très vite dans les sujets et à distinguer l’essentiel de l’accessoire. Dans le monde qui s’annonce où la compétence technique sera de moins en moins prépondérante, la capacité à s’interroger et à questionner la pertinence des informations va devenir de plus en plus importante. Plus que jamais, l’audit prépare à cet enjeu.
Si c’était à refaire, referiez-vous le même parcours ?
J-Y.P. : Oui, je referais le même parcours. Les métiers de l’audit ont été pour moi de formidables accélérateurs et ont contribué à me mener là où je suis aujourd’hui. L’audit est une véritable école : on y apprend l’analyse, la synthèse, la communication, mais aussi le savoir-être, indispensable pour obtenir la collaboration des audités et l’adhésion de leur management.
Cependant, l’audit prépare moins à la gestion transversale des équipes, qui nécessite de fédérer des alliés et de piloter des projets collectifs. Il me paraît donc utile, au-delà de l’audit interne, de s’ouvrir à la conduite de projets. Cette expérience permet de développer les compétences et les « soft skills » indispensables pour transformer les organisations. Cette complémentarité ouvre de nouvelles perspectives pour innover, impulser et accompagner durablement le changement dans un environnement qui connaît de profonds bouleversements.
1 Filiale du groupe Bouygues
