Christophe Suteau, ingénieur nucléaire et auditeur interne au CEA : « L’IAP m’a permis de combler mes lacunes »

Chef de mission audit au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Christophe Suteau a rejoint laudit interne en 2022 après une longue carrière dingénieur et de manager dans la recherche. Titulaire de la certification IAP (Internal Audit Practitioner), il nous explique son parcours, ses motivations et lapport concret de cette certification dans sa pratique quotidienne.

Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours professionnel ?

Christophe Suteau : J’ai une formation initiale d’ingénieur. À la sortie de l’ESPCI Paris1, je me suis dirigé vers la recherche, d’abord dans le secteur privé, puis très rapidement au sein du Commissariat à l’énergie atomique, où je suis depuis 26 ans. C’est en 2021 que j’ai découvert les métiers de l’audit, en participant à une mission d’expertise pour le compte de la Commission européenne, sur le projet de réacteur de fusion nucléaire expérimental ITER. Cette expérience m’a conduit à rejoindre la direction de l’audit du CEA en 2022. Depuis quatre ans, je suis chef de mission d’audit.

Pouvez-vous nous expliquer comment est organisé laudit interne au CEA ?

C.S. : Il existe deux entités d’audit interne au CEA. D’un côté, une inspection générale nucléaire, entièrement dédiée à la sûreté nucléaire et rattachée à la Direction générale, comme l’exige l’Autorité de sûreté nucléaire. De l’autre, la Direction de l’audit, des risques et du contrôle interne, à laquelle j’appartiens et qui couvre de nombreux sujets : processus achats, RH, finance, mais aussi les processus propres à notre secteur liés à la recherche, l’exploitation et la construction d’installations nucléaires. Nous réalisons une dizaine de missions par an, chacune durant de deux à quatre mois. Ce sont des missions assez complexes sur des sujets avec des enjeux et des risques importants.

Comment devient-on auditeur interne au CEA ?

C.S. : Il n’y a pas de parcours prédéfini et les profils sont très variés, avec par exemple des auditeurs de métier, recrutés à l’extérieur, et des salariés du CEA, dont un certain nombre d’ingénieurs ayant exercé des fonctions managériales, comme moi. Pour nous accompagner dans notre prise de fonction, nous suivons un parcours bien fléché : la formation « méthodologie » de l’IFACI2, une intégration par compagnonnage (les audits se font à deux ou trois) et la lecture de manuels méthodologiques internes.

Vous avez passé et obtenu la certification Internal Audit Practitioner (IAP) en 2023. Quelles étaient vos motivations ?

C.S. : Mon objectif était de maîtriser tous les fondamentaux de l’audit interne. Je suis entré dans la fonction par compagnonnage, ce qui m’a permis d’acquérir de solides compétences. Mais il me manquait une vision complète du métier d’auditeur interne. L’IAP m’a apporté cela, en me permettant d’identifier les éléments auxquels, en tant qu’auditeur au sein d’un organisme public, j’étais moins familier, comme certains volets financiers propres au secteur privé, par exemple. La formation m’a permis de combler mes lacunes.

Comment vous êtes-vous préparé pour la certification ?

C.S. : J’ai suivi une formation distancielle, structurée autour d’une quinzaine d’heures de cours d’introduction aux différents chapitres suivies de modules de e-learning. (L’IFACI propose désormais plusieurs formations d’accompagnement à la certification IAP, ndlr). Au total, j’estime y avoir consacré une soixantaine d’heures sur une période de quatre à cinq mois. L’examen n’est pas simple, avec des questions pointues sur la connaissance et la maîtrise des Normes, ainsi que des cas pratiques autour de processus classiques (RH, achats, R&D…). C’est l’équivalent d’un diplôme universitaire.

Quel a été lapport concret de lIAP dans vos fonctions au CEA ?

C.S. : Au-delà du renforcement de mes compétences opérationnelles, la préparation à l’IAP m’a beaucoup apporté sur la compréhension d’un service d’audit : comment créer un plan d’audit, comment le suivre et évaluer son avancement. Réaliser des audits efficaces, c’est aussi savoir trouver les bons sujets d’audit ! D’autre part, la certification m’a permis de mieux appréhender mon rôle d’accompagnement des nouveaux auditeurs au sein du service. Mais l’apport de l’IAP s’étend au-delà du CEA : cette certification m’a permis d’acquérir des compétences applicables dans l’ensemble des organisations, publiques ou privées. Elle ouvre de nouveaux champs professionnels.

LIAP est devenu la première partie du Certified Internal Auditor (CIA). Vous êtes-vous engagé pour obtenir cette certification ?

C.S. : Je m’engage cette année dans la démarche de la certification CIA, avec tout d’abord la partie 2, puis la partie 3 l’année prochaine. Dans un proche avenir, il est probable que je passe le CISA, la certification qui concerne les systèmes d’information. Le Commissariat à l’énergie atomique renforce en effet ses équipes opérationnelles et les systèmes de cyberdéfense. Ces activités grandissantes doivent nécessairement être auditées et notre service monte actuellement en compétences pour remplir ce type de mission.

Quel conseil donneriez-vous à un auditeur interne qui hésiterait à passer l’IAP ?

C.S. : Tout d’abord, il est important de souligner que l’IAP n’a pas nécessairement vocation à être le premier pas vers le CIA. Pour beaucoup d’auditeurs qui vont pratiquer ce métier trois ou cinq ans, cette certification permet d’acquérir des bases très solides. L’IAP couvre tous les sujets de l’audit interne et donne un niveau de connaissance qui enrichit la pratique. Je le recommande donc à quasiment tous les auditeurs internes, au bout d’un an d’exercice de la fonction. C’est un effort de quelques dizaines d’heures, assez facile à intégrer dans une activité professionnelle.

1 École Supérieure de Physique et de Chimie Industrielles de la Ville de Paris

2 Conduire une mission d’audit interne : la méthodologie