Élargir ses compétences pour garder un temps d’avance sur les risques : interview de Philippe Mocquard, Délégué général, et Benoît Fouillet, Responsable formation de l’IFACI à l’occasion de la sortie du nouveau catalogue.

Cybersécurité, intelligence artificielle, tensions géopolitiques… Les risques se multiplient, s’entremêlent et se renforcent les uns les autres. Pour y répondre, auditeurs, contrôleurs internes et risk managers doivent élargir leur palette de compétences, sans rien céder sur les fondamentaux du métier. La formation constitue l’un des outils proposés par l’IFACI pour accompagner cette nécessaire agilité. Une offre qui évolue sans cesse pour que chacun reparte avec des compétences concrètes, directement transposables sur le terrain. Regards croisés de Philippe Mocquard, Délégué général, et Benoît Fouillet, Responsable formation de l’IFACI, à l’occasion de la sortie du nouveau catalogue des formations.

Les risques se diversifient et s’entremêlent. Dans ce contexte, quels sont les enjeux de la montée en compétences et, par conséquent, de la formation pour les auditeurs et contrôleurs internes ?

Philippe Mocquard : Il y a une double exigence, en termes d’acquisition comme de montée en compétences. D’un côté, certaines notions intangibles doivent évidemment être maîtrisées : les Normes, la méthodologie, mais aussi la rigueur ou l’esprit critique. Ce sont les bases du métier, et elles restent indispensables. De l’autre, l’évolution de certains risques, l’apparition de nouveaux, et l’usage désormais incontournable d’outils technologiques développés avec l’IA font émerger de nouvelles attentes. Les équipes ont besoin de comprendre ces sujets, mais surtout de savoir les intégrer concrètement dans leurs missions.

Benoît Fouillet : Pour cela, rien ne remplace la pratique. Ce qui fait vraiment la différence, c’est la mise en situation sur des cas concrets. Nous le constatons à chaque session : les stagiaires sont de plus en plus demandeurs de sessions « pratico-pratiques ». Ils veulent travailler sur des situations proches de celles qu’ils vivent dans leur organisation, confronter leurs réflexes à ceux des autres participants et repartir avec des outils qu’ils pourront mobiliser dès leur retour. C’est autour de cette attente que nous construisons nos formations.

Comment cela se traduit-il dans l’offre de formation 2027 de l’IFACI ?

P. M. : Concrètement, deux catalogues coexistent. Le premier, stable, couvre les fondamentaux : les normes internationales de l’audit interne, la méthodologie, le comportemental, la fraude… Le second suit des sujets plus mouvants, comme la cyber, l’IA, la géopolitique ou encore le risque RH. Ces formations vivent tant qu’il y a de la demande : un atelier peut être remplacé six mois plus tard par un autre, afin de rester en phase avec l’évolution du contexte et les attentes de nos adhérents. C’est une logique de réactivité que nous assumons pleinement.

B. F. : Mais quel que soit le sujet, chaque formation est construite selon un même principe : chaque participant doit quitter l’atelier doté de compétences concrètes, applicables immédiatement sur le terrain. J’insiste sur ce point, mais c’est notre fil rouge, pour les formations historiques, comme pour les plus récentes.

Comment être au plus près des nouveaux besoins et attentes ?

P. M. : D’abord grâce à notre réseau. En tant qu’association, nous sommes en permanence à l’écoute de nos adhérents, et nous menons pour eux une veille continue sur l’évolution des métiers et des risques. Ensuite grâce à notre agilité : nous n’attendons pas le catalogue suivant pour réagir. Dès qu’un sujet est mûr, nous pouvons ajouter une formation en cours d’année, dans un format qui répond aux attentes des professionnels du risque.

B. F. : Notre offre s’appuie aussi très étroitement sur les risques majeurs identifiés par les directions d’audit au travers de l’enquête Risk in Focus. En croisant ces top-risques avec nos formations existantes, nous repérons les sujets à approfondir ou à créer, et nous faisons évoluer notre catalogue en conséquence.

P. M. : Au-delà de la formation au sens strict, nous explorons d’autres manières d’accompagner la montée en compétences. C’est le cas des bootcamps, que nous proposons à nos adhérents. Ce ne sont pas des formations à proprement parler, mais ils relèvent pleinement du champ des compétences : sans partie théorique, dans une démarche de gamification et sur un temps limité, les participants traitent un sujet concret en mobilisant des techniques éprouvées et de nouveaux outils. C’est par exemple le cas de celui que nous organisons début décembre qui sera consacrée à la manipulation de l’IA avec Claude Code, appliquée à un cas d’audit fictif. Nous misons beaucoup sur ces formats pour attirer de nouveaux publics, diversifier les approches et unifier les pratiques. Ils dessinent sans doute une nouvelle modalité de montée en compétences et, à bien des égards, une part de l’avenir de la formation.

« Chaque participant doit quitter l’atelier doté de compétences concrètes, applicables immédiatement sur le terrain. »

À côté des formats classiques, le e-learning occupe désormais une place importante dans les formations, et notamment celles en contrôle interne…

B. F. : Le e-learning n’est pas un format nouveau, mais il vient aujourd’hui compléter nos formations classiques de façon beaucoup plus structurée. Sur les fondamentaux du contrôle interne par exemple, nous avons harmonisé nos modalités pédagogiques : les notions théoriques sont dispensées en e-learning asynchrone, c’est-à-dire à distance et au rythme de chacun, à la différence des classes virtuelles, qui se déroulent elles aussi à distance, mais en direct. Les temps de formation en groupe, en présentiel ou en classe virtuelle, peuvent ainsi être entièrement consacrés à la mise en pratique. 

P. M. : Le e-learning a vocation à se développer pour prendre en charge cette partie théorique. Mais il ne s’agit surtout pas d’un formateur qui parle face caméra de manière descendante ! Nos modules sont pensés pour être interactifs, avec des temps d’échange, et conçus pour coller aux nouveaux modes d’accès aux contenus, à commencer par la vidéo. L’idée est de rendre l’acquisition de ces savoirs théoriques la plus confortable et la plus pertinente possible, pour que les participants les retiennent durablement.

Le rôle du formateur évolue-t-il lui aussi ?

P. M. : Le formateur reste un expert, un « sachant ». Ce qui évolue surtout, c’est sa posture. Il ne se contente plus de délivrer un contenu : il anime, il facilite la transmission des savoirs et aide chaque stagiaire à mettre ses connaissances en perspective, pour qu’il reparte avec des éléments pratiques et directement transposables. On est beaucoup moins dans une posture « top-down » et beaucoup plus dans l’échange.

B. F. : Cet accompagnement ne s’arrête pas à la fin de la session. Notre méthode repose sur un parcours complet : du e-learning pour les savoirs théoriques, de la formation en présentiel ou à distance pour la pratique, puis un suivi après la formation. Des rappels sont programmés dans les jours qui suivent, avec des retours d’expérience au cours desquels les stagiaires partagent la façon dont ils ont mis en application ce qu’ils ont vu. Ils peuvent également contacter le formateur, dans un cadre défini à cet effet, pour continuer à échanger et à partager les bonnes pratiques.

« Les formateurs sont moins dans le top-down et beaucoup plus dans l’échange. »

Comment garantissez-vous la cohérence et la qualité d’une formation à l’autre ?

P. M. : C’était jusqu’à présent un vrai défi, compte tenu du volume de documentation dont nous disposons, issu de la grande diversité de nos formations. Désormais, nous nous appuyons sur l’IA à deux moments : en amont, pour nous assurer qu’une formation couvre bien le périmètre attendu, et en aval, pour vérifier que chacun des messages clés est bien passé. C’est un gain considérable en matière de cohérence et de qualité.

Justement, quelle place pour l’IA dans les formations ?

P. M. : Nous l’introduisons lorsque cela se justifie, notamment à travers GAIA, notre IA maison, et d’autres outils d’intelligence artificielle utilisés comme supports pédagogiques. Lors des mises en situation, les participants peuvent s’en servir pour rechercher l’information nécessaire à la résolution de l’exercice proposé par le formateur. Nous reproduisons tout simplement les conditions réelles de leur quotidien en entreprise, en leur apprenant à se servir de ces outils de façon très pratique.

Et quelle place pour les Normes ?

B. F. : Elles forment la colonne vertébrale de nos formations. Les nouvelles Normes, publiées en 2024, sont entrées en application en 2025. Nous avons donc mené cette même année un important chantier d’adaptation, qui s’est traduit par une évolution profonde de notre catalogue 2026.

P. M. : C’est un élément très différenciant de notre offre. Au travers du réseau de l’IIA, nous sommes dépositaires des Normes, de la documentation officielle et de la documentation professionnelle. L’IFACI est ainsi le seul organisme de formation en mesure de structurer ses formations autour de cette documentation officielle, ce qui constitue une vraie garantie pour les participants et leur organisation.

Pouvez-vous nous parler de la manière dont vous sélectionnez vos formateurs ?

B. F. : D’abord, il faut rappeler que l’IFACI bénéficie d’une réelle attractivité, ce qui nous permet de nous entourer de profils de grande qualité. Lorsque nous avons besoin de compétences techniques particulières, nous nous appuyons sur notre réseau d’adhérents pour identifier le bon intervenant. Nous accordons par ailleurs une importance majeure à la certification de nos formateurs (IAP, COSO, COBIT…), qui constitue un premier gage de compétence. S’y ajoutent, bien sûr, leur expérience au sein de leur organisation, leur parcours et leurs qualités pédagogiques.

En quoi la montée en compétences rend-elle la profession attractive ?

P. M. : C’est d’abord une question de reconnaissance. Des cursus structurés, une large palette de domaines couverts, des certificats et des certifications : tout cela rend visible, à l’extérieur, le professionnalisme de la fonction. Les comités d’audit y sont très attachés et tiennent à faire certifier leur service comme leurs auditeurs, tandis que les régulateurs bancaires se montrent, eux aussi, très attentifs à ce type de reconnaissance.

B. F. : Pour les professionnels eux-mêmes, c’est une véritable dynamique, avec l’assurance de continuer à progresser, que ce soit pour évoluer dans le métier ou pour bâtir une autre carrière. Dans beaucoup d’organisations, l’audit interne reste une école : on y vient pour se former, découvrir l’entreprise et se confronter à ses enjeux, avant de rejoindre d’autres fonctions. Investir fortement dans la montée en compétences est donc, en soi, un atout majeur pour attirer les talents.

P. M. : Il faut d’ailleurs voir la formation comme un dispositif parmi d’autres, intégré à un ensemble plus large. Les webinaires animés par nos adhérents, nos divers événements répartis dans l’année, les ateliers, les bootcamps… tout cela participe aussi à la montée en compétences. Les contours en sont parfois moins nets que ceux d’une formation classique, mais c’est précisément cette complémentarité qui fait la richesse de notre offre et permet à chacun de progresser à son rythme et selon ses besoins.

Le nouveau catalogue est à retrouver sur https://www.ifaci.com/formation/