Stéphane Béas, responsable audit interne du Groupe Prévoir et formateur IFACI : « Les formations de l’IFACI sont l’occasion de s’enrichir des expériences de chacun »

En parallèle de son poste de responsable d’audit interne, Stéphane Béas est formateur à l’IFACI depuis plus de 25 ans. Ses expériences variées du métier sont un atout très précieux qu’il partage avec les participants des formations. Portrait.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots, et nous dire ce qui vous a mené à l’audit, au contrôle interne et au risk management ?

Stéphane Béas : Cela fait bientôt 35 ans que j’exerce. Et ce, quasiment toujours dans les métiers de l’audit et du contrôle, hormis les trois premières années que j’ai effectué dans le contrôle de gestion. J’ai d’abord fait de l’audit externe, puis de l’audit interne. Dans mon parcours, j’ai travaillé dans des grands groupes, mais j’ai aussi été à mon compte pendant 18 ans en créant le cabinet de conseil Augusta. J’ai donc une pratique du métier assez variée : à la fois comme responsable d’équipe, et aussi en conseil externe, en freelance, en accompagnement de projets.

En 2022, j’ai rejoint le groupe Prévoir en tant que responsable de l’audit interne, et je suis formateur pour l’IFACI, depuis 2001.

Vous avez également été certificateur pour l’IFACI ?

S.B. : Oui, j’ai fait une centaine de missions de certification, pendant que j’étais à mon compte, à partir de 2004, auprès de grands groupes comme Total, Orange ou Renault. Cela apporte aussi un autre regard sur la pratique de l’audit interne, puisque cela permet de rencontrer beaucoup d’équipes travaillant dans des secteurs variés, avec des éléments de benchmark et des pratiques différentes de nos métiers. Être certificateur enrichit beaucoup, d’autant que l’on travaille avec des services qui fonctionnent généralement déjà très bien, puisqu’ils sont candidats à la certification. 

À titre personnel, je suis d’ailleurs moi-même certifié : CIA (j’étais parmi les premiers certifiés en France en 1998), CRMA… Et à la fin du mois, je passe le COSO !

Comment en êtes-vous venu à vous spécialiser sur les sujets que vous abordez en formation ? 

S.B. : C’est en partie lié au domaine d’activité dans lequel j’exerce, bien sûr. Je suis responsable de l’audit au sein du groupe PRÉVOIR, et j’ai travaillé auparavant chez Allianz, donc je suis spécialisé sur les sujets liés à l’assurance au sein de l’IFACI. Après, au fil du temps, et en fonction des opportunités, j’ai travaillé sur des sujets plus vastes, mais que je connaissais bien. Je m’intéresse par exemple à l’IA et, dans mon métier, je suis forcément impliqué dans les sujets liés à la qualité des données. 

« Le défi est désormais d’intégrer dès que possible les sujets d’IA dans les formations »

L’IA, justement, et plus généralement les outils numériques, changent-ils concrètement votre façon de former ?

S.B. : Il y a plusieurs niveaux de réponse à cette question. La première, c’est le défi collectif d’intégrer dès que possible les sujets d’IA dans les formations. Et notamment une présentation et une utilisation de GAIA, l’outil d’intelligence artificielle mis en place par l’IFACI. À minima, il s’agit de le faire découvrir aux participants, en l’utilisant, voire en l’intégrant à un exercice. Au cours de la phase de préparation de la formation, l’IA aide clairement aussi car GAIA cite ses sources. Les premières versions d’exercices passent par l’IA, de même que les fiches techniques. Avec l’expérience, j’ai la réponse en quelques prompts. Même chose quand j’ai besoin d’un update sur une réglementation, sur une pratique : l’IA va directement chercher dans telle ou telle base que j’ai référencée, et me ressort les trois points importants à intégrer. On peut bien entendu aller beaucoup plus loin et construire des programmes de travail par exemple. Je vais d’ailleurs l’utiliser lors d’une prochaine session en intra.

Par ailleurs, au cours de la Covid-19, nous avons dû basculer nos formations en distanciel, ce qui a été possible grâce au digital, mais qui a demandé pas mal d’adaptations à ce nouveau format. Aujourd’hui, je suis pour ma part revenu à un équilibre entre présentiel et distanciel, avec un peu plus même de formations en distanciel. J’ai d’ailleurs remarqué pour ces dernières que les participants posaient plus de questions et échangeaient davantage entre eux.

En dehors de tous ces nouveaux outils, que diriez-vous qui a le plus changé dans vos métiers depuis vos débuts ?

S.B. : Je vois deux facteurs notables au cours des 25 à 30 dernières années. Il y a, évidemment, une complexité croissante des réglementations, avec la multiplication des échanges internationaux, des nouveaux modèles de gouvernance répondant à différentes tailles d’entreprise et à de nouveaux types de business. Autant d’éléments qui font que, même pour une entreprise de taille intermédiaire comme la mienne (1 800 collaborateurs), je dois traiter les mêmes sujets réglementaires qu’AXA France, par exemple.

Au-delà de cette complexité croissante des sujets à auditer, il faut être un peu technicien, pas nécessairement expert, mais avoir des connaissances sur une grande variété de thématiques. Et puis il faut aussi que tous au sein de l’entreprise, à commencer par la gouvernance, le board, la direction générale, cherchent à développer les compétences des équipes au regard de ces enjeux.

« C’est un métier qui recouvre plein de réalités différentes, 

et c’est ce qui en fait sa richesse »

Si l’on revient à la formation, est-ce que certains participants ont souvent des idées reçues sur le métier que vous devez corriger ? 

S.B. : Il y en a une qui revient souvent en formation : « Ah, je ne pensais pas que c’était à ce point détaillé, je ne pensais pas qu’à ce point c’était utile… » Il y a donc une forme de découverte, que ce soit sur les normes d’audit ou le COSO, voire même dans le cadre de formations initiales assez simples. Je ne parle pas là que des plus jeunes auditeurs, mais parfois des personnes plus expérimentées. Ils voient parfois l’audit interne comme une matière un peu restreinte, assez limitée, et découvrent que cela recouvre au contraire beaucoup de sujets.

Quand vous animez une formation, comment faites-vous pour que cela soit vivant et pas seulement théorique ?

S.B. : Je m’appuie sur le partage d’expériences. Et là, je dirais que c’est le privilège de 35 ans d’expérience. : je peux prendre des exemples dans des secteurs très différents. Assez souvent d’ailleurs, j’ai eu des cas où j’étais déjà intervenu au sein de la société d’un des participants à la formation, et je peux donc prendre des exemples, de cas concrets qu’ils connaissent bien.

Qu’est-ce que la pédagogie IFACI vous permet de faire, que vous ne pourriez pas faire ailleurs ?

S.B. : J’adore la formation. Et depuis 25 ans que j’ai commencé, je n’en fais qu’avec l’IFACI. Il y a régulièrement d’autres organismes professionnels qui nous démarchent, 

mais j’ai toujours refusé. Ce qui m’intéresse avec l’IFACI, c’est qu’en tant que formateur, je continue d’apprendre moi-même à chaque formation. À travers les questions des participants, leurs réflexions, les exemples qu’ils prennent, les échanges que l’on a, etc. Et c’est important car on se doit d’être à l’avant-garde, d’être force de proposition, en écho aux sujets naissants et d’actualité de nos métiers. Cet engagement est intrinsèquement spécifique à l’IFACI car c’est également l’association professionnelle des auditeurs et des contrôleurs internes en France. Ça me donne l’opportunité de discuter avec des collègues, des confrères qui exercent le même métier que moi : c’est tout le sens de la communauté IFACI : on partage. Et même si j’ai peut-être une plus grande expérience, que je leur apporte une certaine aide, les formations de l’IFACI sont finalement toujours l’occasion de s’enrichir des expériences de chacun.

Auriez-vous un exemple d’un moment où vous sentez qu’un participant a vraiment compris un point particulier au cours d’une de vos formations ?

S.B. : Oui, je me souviens d’un de ces moments. Il s’agissait d’une formation sur la cartographie des risques. Et après un premier visuel sur les fondamentaux, dès le deuxième slide, qui comprenait un schéma sur les liens et différences entre risques systémiques, stratégiques et opérationnels, un des participants m’a dit : « Ah, mais je comprends, c’est exactement ça, notre problématique ! » Et il me l’a redit à la fin de la formation : « J’ai tout suivi, mais l’événement déclencheur, c’est votre deuxième visuel, qui a permis de tout comprendre ensuite. » À partir d’un simple visuel introductif, c’était tout de même surprenant. 

Quel conseil donneriez-vous à un jeune auditeur qui débuterait aujourd’hui dans ce métier ?

S.B. : Varier les expériences ! C’est un métier pour lequel il y a des normes professionnelles qui sont internationales, et c’est très rare. Si je vais en Corée du Sud, ce sont les mêmes Normes qu’en France. Et à côté de ça, c’est un métier qui recouvre plein de réalités différentes, et c’est ce qui en fait sa richesse. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est de voir comment ce métier que l’on exerce, en changeant d’organisation et à partir des mêmes fondamentaux, peut mener tout de même à quelque chose de totalement différent. Parce que le contexte et l’entreprise sont différents. C’est en multipliant les expériences, dans des secteurs d’activité variés, que l’on devient encore un meilleur auditeur.