Trophées de la CIAT : comment une petite commune bretonne a remporté le prix spécial du jury

Le 19 janvier dernier, la première cérémonie des Trophées de la Conférence des Inspecteurs et Auditeurs Territoriaux (CIAT) se tenait au Sénat, en partenariat avec l’IFACI, le Syndicat Professionnel des Directions Générales des Collectivités Territoriales et EY. La mairie de Le Bono (Morbihan) s’est vue décerner un prix spécial pour sa démarche globale des risques, de la comptabilité analytique à laudit. Michel Belz, à lorigine des travaux récompensés, revient nous parler des dispositifs mis en place dans cette commune du Morbihan, qui pourrait bien inspirer dautres collectivités. 

Quel a été votre réaction lorsque vous avez appris que vos travaux étaient récompensés par ce prix spécial de la CIAT ?

Michel Belz : J’ai été très surpris. Quand j’ai déposé notre candidature, en tant que petite collectivité de 2 600 habitants qui venait de se lancer dans l’audit, je ne pensais pas que nous serions en mesure de remporter un prix. Je me disais qu’il y avait des services de collectivités beaucoup plus importantes que la nôtre qui faisaient des choses beaucoup plus complexes. Ça a été une très belle surprise, et l’aboutissement, en fait, de tous les travaux que j’avais mis en place. Une reconnaissance collective aussi, parce que je n’ai pas été seul à réaliser ce travail. J’en profite pour remercier tous les agents et la municipalité, parce que pour qu’il y ait un bon auditeur, il faut aussi qu’il y ait des agents qui permettent de déployer ces audits et les changements qui en découlent.

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

M.B. : Je suis issu d’une formation purement comptable. À la base, je n’ai donc pas fait d’audit. J’ai obtenu une licence Bac +3 de comptabilité générale en alternance. J’ai eu l’occasion de faire un stage en service civique au Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) du Morbihan pendant 6 mois. J’y ai appris les bases de la comptabilité publique. Je suis rentré à la mairie de Quiberon en tant qu’assistant comptable, où j’ai passé 9 années, avant d’arriver à Le Bono. J’y suis resté 3 ans, jusqu’en septembre dernier, et je suis maintenant référent budgétaire à la ville de Vannes. Je commence à évaluer les procédures, à voir s’il y a de nouvelles choses à mettre en place. C’est un poste qui a été créé assez récemment : j’ai tout à mettre en œuvre, ce qui est vraiment intéressant. Je fais partie du pôle Ressources et citoyenneté, qui regroupe cinq directions. Je suis référent budgétaire de ces cinq directions, avec une comptable dans le service et deux responsables.

« Réaliser un audit au niveau des services techniques et sécuriser la procédure comptable »

Parlez-nous des travaux qui font lobjet de ce prix : dans quel contexte ont-ils eu lieu et avec la mise en place de quels dispositifs ?

M.B. : En arrivant à Le Bono en 2022, ma lettre de mission était de réaliser un audit au niveau des services techniques, avec une priorité évoquée par la direction : sécuriser la procédure comptable. Nous avons déployé une comptabilité analytique, qui n’existait pas du tout à l’époque.

Ensuite, nous avons réalisé une phase de test d’un an pour observer les évolutions, voir s’il y avait des choses à ajouter, à enlever, etc. Dans la foulée, une fois que la comptabilité analytique a été sécurisée, nous avons mis en place le budget de service en lien avec l’analytique, en le ventilant par code analytique, par code comptable. Et, à la fin de l’année, nous pouvions extraire les chiffres exacts, c’est à dire consommations de crédits par imputation budgétaire (nature comptable, fonctionnelle, code analytique et service) puis les comparer avec le budget du service lui même exprimé sous cette forme.

Votre mission a ensuite évolué ?

M.B. :  Oui, je me suis consacré au suivi des fluides en temps réel sur la collectivité : les consommations électriques et la consommation d’eau, sachant qu’il n’y a pas de gaz à Le Bono. L’idée était de pouvoir faire des relations avec les factures d’EDF, qui était le fournisseur à l’époque. C’était en plein milieu de la pandémie de Covid-19, et nous voulions suivre au plus près les consommations. Au niveau de l’eau, c’était assez facile avec 14 compteurs sur la commune. Nous nous sommes mis en relation avec les services de la SAUR2 pour pouvoir rendre ces compteurs intelligents et en récolter des données.

Pour l’électricité, nous avons obtenu des dérogations pour pouvoir récupérer les informations des compteurs Linky, et ce toutes les heures. Sur ce point, nous avons été accompagnés par un prestataire qui avait déjà travaillé sur d’autres petites communes, comme Saint-Sulpice-la-Forêt, près de Rennes. Grâce à deux antennes et via une plateforme, nous avons eu accès en temps réel aux consommations. Ça nous a permis de vérifier ce qui était consommé, ce qui était inscrit dans les factures, et ce que nous, nous consommions en temps réel.

Avec des informations utiles ?

M.B. : Oui, ça nous a permis de découvrirqu’il y avait pas mal de fuites sur les réseaux. Nous avons pu les identifier puis les référencer. La SAUR, de son côté, venait récupérer les informations, faire les tests, des contrôles. Et effectivement, il y avait deux ou trois compteurs qui montraient d’énormes consommations d’eau, notamment un au niveau du port de Le Bono. C’était un compteur d’eau réservé pour des toilettes publiques, et on s’est aperçu qu’il y avait des personnes qui venaient remplir leurs réservoirs d’eau, pour des relevés de plus de 500 m³ par semaine.

« L’ensemble du projet a été vraiment soutenu depuis le départ »

Et donc des économies à la clé ?

M.B. : Bien sûr ! Et nous avons pu mettre en place la dernière étape, en 2024, avec le suivi des budgets et des consommations. Nous avons pu ajuster les crédits et développer des marges de manœuvre sur le budget, en nous fixant un objectif de 5 % de baisse tous les ans, que nous avons atteint en 2024 et en 2025.

Avez-vous eu d’autres missions relevant de l’audit à réaliser pendant cette période ?

M.B. : Oui, en parallèle, il y avait un contexte un peu particulier au niveau du service technique. Le responsable était tombé en arrêt maladie et son suppléant avait quelques difficultés pour le suivi des interventions, notamment. Nous avons donclancé un audit qui a aussi été souligné par les trophées de la CIAT1. C’était un audit de performance et organisationnel du service technique.

Comment a réagi la municipalité en apprenant les résultats des trophées ?

M.B. : Toute l’équipe municipale a été très heureuse de ce résultat. D’autant que l’ensemble du projet a été vraiment soutenu depuis le départ. Un soutien de base qui était important, parce que c’est vrai que l’audit, c’est un mot qu’il ne faut pas trop prononcer dans les collectivités. Cela fait toujours un peu peur. On se sent tout de suite un peu mis en cause. Bien que ce ne soit pas le but, c’est un sentiment qui persiste.

Quant à monsieur le maire, qui était présent avec moi à la remise des Trophées, il travaillait en parallèle dans le secteur des assurances. L’audit est une notion qui lui parlait déjà, il y était donc très favorable, et son soutien a été très important.  

Vos travaux ont suscité des vocations dans d’autres petites collectivités ? 

M.B. : Oui, et je suis encore souvent appelé d’ailleurs, par des agglomérations qui me demandent comment nous avons mis en place ces procédures, quelles étaient les étapes, etc. Avec à chaque fois des retours positifs, des demandes d’aide. Nous avons été un peu précurseurs dans la région…

Pensez-vous que la valeur ajoutée de l’audit et de la maîtrise des risques est mieux prise en compte aujourd’hui dans le service public ?

M.B. : Pour les petites collectivités, ce n’est sans doute pas encore une priorité. Souvent, quand on parle d’audit, on pense que l’on n’a pas forcément les compétences, les agents disponibles, qu’il faut aussi créer un service, etc. Nous sommes partis du besoin : nous voulions juste vérifier que tout se passait bien au service technique, qu’il y avait bien des procédures et qu’elles étaient correctement suivies. Et de mon côté, je me suis dit que si l’on voulait vraiment faire quelque chose de bien, il fallait réaliser un audit complet. 

« J’ai tout appris en autodidacte »

Vous n’étiez pas à proprement parler auditeur, donc comment avez-vous procédé ?

M.B. : J’ai commencé à chercher des informations un peu partout : comment faire des audits, des rapports, quels étaient les process… J’ai tout appris en autodidacte en faisant des recherches.Mais j’ai aussi tout de même fait une formation sur les bases de l’audit en parallèle, avec le CNFPT4. L’idée centrale, c’était de pouvoir faire quelque chose qui soit facilement compréhensible par l’ensemble des agents, des élus. Et comme nous n’avions pas forcément les moyens d’un service audit, nous avons créé toutes les bases et les matrices qui figurent dans le rapport, notamment avec Excel. Avec toujours l’idée que la procédure pourrait servir pour d’autres collectivités.

Quelles ont été vos sources d’information ?

M.B. : J’ai suivi des webconférences, par exemple. Et lorsque j’ai découvert le diagramme d’Ishikawa3, j’ai pensé que je pouvais le transposer au niveau de ma collectivité. À partir de là, nous avons réalisé une matrice des risques en nous basant sur les éléments mis en évidence dans le diagramme. Ce qui nous a permis de voir qu’il y avait certaines choses qui étaient prioritaires, comme la révision complète des procédures d’achats et de gestion des interventions, ainsi que la dotation de téléphones portables pour l’ensemble des agents du service technique. S’en est suivi un plan d’action, avec à chaque fois des éléments visuels qui soient facilement compréhensibles.

À titre personnel, souhaitez-vous aller plus loin en termes de formation ?

M.B. : Oui, et j’ai vu qu’il y avait des formations à l’IFACI qui étaient certifiantes, ce qui est intéressant. Pour la ville de Vannes, il n’y a pas de service audit pour l’instant. Donc, avec mon expérience, l’appui de la CIAT et du Trophée, j’aimerais continuer à me former pendant quelques années et en faire bénéficier les services de la municipalité.

1 Les Trophées de la CIAT (Conférence des inspecteurs et auditeurs territoriaux) est une initiative lancée en partenariat avec EY, le SNDGCT (Syndicat National des Directions Générales des Collectivités Territoriales) et l’IFACI. Trophées destinés à « récompenser et échanger sur des démarches innovantes, collaboratives et transverses de contrôle interne ou de maîtrise des risques internes et externes, et d’audit interne, créées et déployées par les collectivités territoriales ».

2 Société d’Aménagement Urbain et Rural

3 https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/mission-innovation/Diagramme%20Ishikawa.pdf

4 Centre National de la Fonction Publique Territoriale